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22.07.2005

Quelques lignes pour vous faire patienter...

J’espère que mes pseudos pouvoirs de Jedi ne sont pas la raison de vos visites.

Seuls mes mots pourront vous fidéliser.

C’est pourquoi je vous propose un nouveau passage de mon roman avant que Paul Vachard ne parte à l’assaut des maisons d’éditions.


Au vu de l’affluence constante et accrue engendrée par mes offrandes, je dois redoubler d’efforts pour trouver le dernier lieu rituel susceptible de convenir à mon œuvre. Même si les journalistes sont moins nombreux, car occupés avec mes autres crimes aux quatre coins de la Capitale, les risques de me faire prendre sont grands. Je dois choisir une sépulture forte de signification pour mon œuvre mais délaissée par les curieux.

Je pensais dans un premier temps utiliser le monument en forme de dolmen préhistorique abritant le buste en bronze de Hippolyte Léon Rivail alias Allan Kardec. Il m’apparaissait logique de consacrer ma dernière offrande au père du spiritisme, grand adepte de la réincarnation. Je pensais, par cet acte, donner une chance à mes victimes de recommencer une nouvelle vie guidées par l’esprit protecteur Z. Mais la fréquentation de la tombe du spirite coupa court tous mes projets. Contrarié par cette réalisation impossible, je pensais ne jamais trouver de lieu adapté à mes exigences.

Le cimetière étant trop fréquenté, je décide de poursuivre mes recherches par le biais d’Internet pour trouver mon lieu culte. Une petite pensée à Marie Elisabeth et je me lance dans l’étude de tous les occupants du Père Lachaise.

Je mets deux jours à rependre la vie des illustres pensionnaires du cimetière sans trouver de solution. J’étends alors ma prospection à des personnages moins connus mais digne de mon œuvre.

Un nom m’apparaît comme une évidence, celui de Jean Louis Baudelocque, père de l’obstétrique et auteur de « l’art de l’accouchement ». Je vais confier ma renaissance au plus célèbre des médecins accoucheurs.

Avec une princesse russe pour marraine et le meilleur accoucheur comme parrain je suis certain de m’assurer le plus prometteur des destins Vachard.

 

J’attends le 20 juin pour me rendre au cimetière et découvrir la scène de mon ultime rite satanique. Il s’agit d’un simple caveau fermé par une double porte rouillée, donnant sur l’avenue Transversale 1. Cette allée étant trop fréquentée, je préfère me poster chemin de Quinconce pour observer l’arrière de l’édifice mortuaire et ses voies d’accès étroites.

Impossible de réitérer mon nettoyage d’obèses, il me faut trouver une victime fluette et légère car je devrais la traîner dans peu d’espace. La réalisation de ce dernier sacrifice va me demander beaucoup plus de temps que les précédents, ajoutant ainsi du risque mais augmentant d’autant plus mon excitation.

 

Ad augusta per angusta. A des résultats glorieux par des voies étroites

 

Dans cette allée étroite, ma position est idéale pour voir approcher ma victime et m’assurer de l’absence de témoins. Après de longues minutes, tapi à l’ombre des caveaux, j’entrevois une petite silhouette sombre qui s’engage dans le chemin de Quinconce. Je sors de l’obscurité pour voir s’approcher de moi un spectre menu au faciès livide. La blancheur de son visage contraste avec sa chevelure sombre aux reflets bleutés. Ses vêtements amples et noirs amenuisent un peu plus sa silhouette. Elle pourrait être l’égérie de la déprime. Son visage, d’une tristesse infinie, semble incapable de sourire. Malgré le malaise qui monte en moi, une force obscure me pousse à scruter son regard. Elle semble ne pas me voir pendant que je la dévisage. Ses yeux gris, aux reflets métalliques, sont vides de toutes expressions avec leurs reflets d’une froideur métallique. Cette vision me glace le sang. Je tente de me rassurer.

De toutes les créatures mystiques rencontrées lors de mon escapade dans le bar gothique de Pigalle aucune ne dégageait une telle aura morbide. Cette sensation me dérange. Je pense changer de victime pour une proie plus vivante. Je décide de regagner ma retraire quand je sens le poids de son regard glacial se poser sur moi.

Je la fixe malgré moi quand j’entends cette complainte qui envahit mon âme me figeant de stupeur. Peu à peu je discerne une petite voix, douce et maléfique à la fois. Elle me demande de la choisir comme offrande. Elle me supplie de mettre un terme à sa souffrance terrestre, de la libérer de cette enveloppe charnelle qui l’étreint. Je tente de m’éclaircir l’esprit, je dois être victime d’une hallucination comme le soir inquiétant où je me voyais en train de poignarder mon père. Je tente de faire le vide mais son regard est toujours plongé dans le mien. Je suis hypnotisé par cette jeune fille qui semble s’offrir à moi de plein gré, réclamant par son sacrifice, sa participation à mon oeuvre.

Je suis immobile. J’attends anxieux notre rencontre inexorable. Elle est maintenant près. Elle me regarde en s’adressant à moi. Je reconnais la voix qui s’est emparé de mon esprit. Je redoute sa requête. Je suis surpris d’entendre qu’elle me demande l’emplacement du mausolée de Kardec. Je me place à côté d’elle, pose ma main sur son épaule sans qu’elle réagisse. Je tends mon bras libre en lui indiquant la direction à suivre, le dolmen du spirite se trouve à l’angle de l’avenue des combattants étrangers morts pour la France. Elle se tourne à nouveau vers moi, me remercie. Une chose que je pensais improbable se produit alors : un sourire discret apparaît sur ses lèvres.

Je me prête à croire que je suis la seule personne à avoir vu s’éclairer ce visage si triste. Je décide de figer à tout jamais dans mon esprit ce sourire qui la rend si jolie. Ma main est remontée lentement sur son menton. Je me place derrière elle sans qu’elle ait le temps de bouger. Sa nuque se brise comme du verre. Je pose délicatement sa tête sur mon épaule. Nous ressemblons à un couple d’amoureux quand je l’entraîne à travers les tombes pour la déposer avec une infinie douceur sur le sol derrière le caveau de mon parrain spirituel.

Ses yeux sont restés ouverts. Elle me regarde en souriant. Je la trouve belle. Je décide spontanément de poser un baiser sur sa bouche pendant que mon couteau dessine un tout autre sourire sur son cou translucide. Je me recule pour voir la fine peau de sa gorge qui s’est ouverte en une plaie sanguinolente. Je la trouve charmante.

Une larme coule le long de ma joue avant de tomber au sol se mélangeant au sang de ma plus belle offrande.

Je sais qu’il me faut quitter les lieux mais je suis envoûté par la magie de cet instant. Je ne sais plus quoi penser du message subliminal qu’elle semble m’avoir envoyé. Je viens à penser que cette jolie créature était peut être la réincarnation de Marie Elisabeth. Cette dernière a voulu, par ce geste, me remercier. Cette sensation est étrange mais cela m’apparaît crédible. Il n’y a rien d’étonnant à rencontrer des phénomènes paranormaux dans ce lieu tellement propice.

J’effectue un signe qui pourrait être confondu avec un signe de croix mais qui à pour but de réclamer les princes de l’enfer : Satan au sud, Lucifer à l’est, Bélial au nord et Léviathan à l’ouest. Dans un murmure, je demande à Satan de prendre soin de cette âme fragile qui s’est offerte à lui. Je prononce dans un dernier sanglot : « Shemhamforash gloire à Satan ».

 

Jamais je ne retournerai au cimetière du Pére Lachaise. Jamais je n'oublierai ma belle goule au baiser si doux que j'ai aimé jusqu'à son dernier soupir.

Fred de Mai

Commentaires

Brrrrrrrrrr ! C'est macabre, ton histoire !

Ecrit par : Thierry | 23.07.2005

La complexité du personnage, la simplicité apparente du contexte et la brutalité du geste, un contraste de choix qui fait froid dans l'dos..!

C'est remarquablement écrit !

Ecrit par : Jean-Pierre | 23.07.2005

Un des crimes macabres du livre, certes
mais chacun sera dans un registre différent, pas de rêgle et celui ci a pour avantage d'être ambivalent

Une mort presque attendue qui satisfait les 2 protagonistes ? une douceur, un amour d'un instant ..

Ecrit par : Fabienne | 23.07.2005

Macabre, certes , mais si bien écrit.... ! Bravo !!!!! Je suis fan !
@+ Shakti

Ecrit par : Shakti | 23.07.2005

C'est bien. Il y a du nerf, de la variété dans la construction de phrases. On est accroché.

On croise les doigts pour que qq s'y intéresse.

Ecrit par : Joël | 23.07.2005

Thierry > oui, un peu mais je te rassure il n'y a pas que cela, lit les autres extraits pour t'en rendre compte.
Fabienne > je t'aime
Shakti > je te promets un exemplaire dédicacé
Joël > croisons, je vais en avoir besoin.

Ecrit par : Fred de Mai | 23.07.2005

Frédo =

En référence à cette partie de ton oeuvre, voici un bouquin qui pourrait t'intéresser "Les lieux de cultes au Père Lachaise" de Michel DANSEL. C'est un puit d'informations qui permet de découvrir ce lieu sans même y avoir mis les pieds...

Alors que tu en es à ton premier (second) accouchement (le premier étant encore en gestation ou plutôt en hibernation), tu verras que ce dernier (l'écrivain) a bien d'autres bébés à son actif.

C'est un homme comme tu les aimes (enfin intellectuellement parlant), un homme qui manie les mots avec une dextérité que personnellement j'adoooooorrrrrrreeeeee !!!

Ma bibliothèque est à ta disposition... ou plutôt à votre disposition... je parle pour toi, ta femme mais aussi bien évidemment Paul que je ne voudrais surtout pas contrarier.

Dadoue

Ecrit par : dadoue | 27.07.2005

Dadoue > es-tu sure de ta proposition car nous allons dévaliser ta bibliothèque.

Ecrit par : Fred de Mai | 28.07.2005

Terrible !!!!

Bon, envoi moi tout, j'ai rien à lire cet été justement, et là, tu ne nous en donnes pas assez... :-)

Qu'un éditeur passe, remarque tes extraits, et que l'aventure se materialise chez nos libraires.

Ecrit par : Damdam | 04.08.2005

Damdam > avis aux éditeurs, ce n'est pas pour moi mais pour damdam.

Ecrit par : Fred de Mai | 04.08.2005

Premier extrait de ton roman que je lis... forcément, j'ai commencé par le plus récent... et je pense que je vais m'arrêter là pour tout lire d'une traite quand tu seras publié! c'est très bien écrit, tu as vraiment bien défini la psychologie de ton personnage et surtout... je trouve cette scène magnifique. J'irais même jusqu'à dire poétique, dans la folie du personnage, évidemment mais poétique. Et tant pis si on me reproche d'être morbide.
Ca me donne presque envie de poster quelques passages de mon roman en cours sur mon blog, mais c'est vrai qu'à côté du tien, c'est de la gnognotte... enfin, je vais y réfléchir.
En tous cas... chapeau! et vivement qu'Albin Michel ait fini de te lire, que je puisse l'acheter!!!

Ecrit par : fofi | 24.08.2005

Fofi > Il y a des commentaires comme cela qui vous touchent par leur justesse. Je suis persuadé que ta gnognotte est de haut voltige.

Ecrit par : Fred de Mai | 24.08.2005

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